Khora Texte

Khôra

« Que sont la pensée, la parole, la relation : toutes ces raisons de vivre sont-elles l’envers ou l’endroit ? » (Bernard Noël)

Les mots sont-ils logés quelque part en nous ? Par où chemine la phrase jusqu’à devenir onde sonore et aérienne ? Que se passe-t-il lorsqu’un mot s’estompe, se dérobe ?

Nourri par mon expérience d’orthophoniste auprès de personnes dont les habiletés de communication sont fragilisées, ce projet trouve son point d’origine dans mes propres questionnements autour des mécanismes qui sous-tendent nos capacités langagières. Au carrefour de plusieurs disciplines, cette série constitue une recherche visuelle autour de ces facultés complexes et interdépendantes qui s’ancrent dans le fonctionnement cérébral autant que dans l’épaisseur du corps.

J’ai ainsi réalisé des images lors d’interventions de neurochirurgie éveillée, au cours desquelles la parole du patient participe à la cartographie fonctionnelle de son cerveau, ou lors de séances d’orthophonie. J’ai observé les gestes de soin et de rééducation, les empreintes laissées par différentes interventions neurochirurgicales, les mots qui achoppent, les reprises et les tentatives.

Ces images viennent dialoguer avec des matériaux issus de l’histoire des neurosciences et des hypothèses de localisation des fonctions cérébrales, mais aussi avec des signes et des objets liés à l’écriture et à l’effacement. Déplacés de leur contexte, ces éléments composent une géographie sensorielle, corporelle et symbolique, faite de réseaux, de correspondances et de traces, où le langage s’inscrit, se transforme, s’efface ou cherche à se reconstruire.

Ce travail s’inscrit ainsi dans une tension entre la matière du corps et la part insaisissable de la parole, notamment lorsqu’elle devient défaillante. Chercher les lieux du langage revient ici à en suivre les déplacements, les altérations, les effacements et les tentatives de réorganisation, sans jamais pouvoir les fixer.

Surgit ainsi une vulnérabilité commune, dans ce qui peut vaciller dans l’étoffe des mots, et dans les traces de ce qui se défait et se recompose.

Lieux de prises de vues et collaborations :

GHU Paris – hôpital Sainte-Anne (Services de Neurochirurgie – Neuro-oncologie & Neuroradiologie Interventionnelle)

Collections médicales et d’anatomie pathologique – Sorbonne Université (détail de lames histologiques, Fondation Dejerine)

Orthophonistes : Y. Bouallouche ; cabinets libéraux d’orthophonie

Collections du Musée de l’Homme (détail d’un buste phrénologique)