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Feræ

La présence animale nous imprègne depuis des temps immémoriaux. Elle peuple nos sphères sacrées et profanes, nos imaginaires et notre quotidien. Les espèces sauvages, tour à tour craintes et admirées, chassées et étudiées, sont prises dans ce maillage symbolique, affectif ou encore scientifique.

Ce projet photographique est né de temps passé dans un centre de soin pour la faune sauvage. C’est un endroit à proximité du tourbillon de la ville.  Il se déploie aussi dans un environnement moins urbain au moment de préparer au retour à la vie sauvage. Dans ce lieu, la volonté est de secourir toutes les espèces d’oiseaux et de mammifères sans distinction.

Ici, les gestes se répètent et deviennent rituels, au fil des heures qui bien souvent s’oublient. Vétérinaire, soigneurs, bénévoles, étudiants s’y succèdent. Leurs visages veillent. Leurs mains nourrissent, rééduquent, pansent et nettoient.

Au contact des corps blessés s’ouvre l’espace d’un face-à-face avec l’altérité animale où les distances se recomposent. Dans la proximité de cette rencontre avec l’animal sauvage, les mouvements cherchent assurance et justesse selon les espèces. On y apprend à être attentif aux minces signes d’effroi de l’animal, à surveiller les abris, les linges tamisant la lumière, le silence.

Ce temps de soin qui voit se bousculer les frontières relationnelles avec l’animal non domestique se doit d’être le plus bref possible, afin de lui éviter un stress mortel, ou au contraire de trop l’imprégner de la présence humaine et que l’on nomme le phénomène d’empreinte.

A l’heure où les espèces sauvages et leurs habitats continuent à se réduire sans cesse, des sensibilités tentent ainsi de se faire entendre et d’agir pour la faune sauvage. Comme une tentative de réparer nos liens avec le vivant.

Avec plus de six mille accueils d’animaux par an, l’association Faune Alfort associée au Centre Hospitalier Vétérinaire pour la Faune Sauvage CHUV-FS est devenue le premier centre de soin en France pour les espèces sauvages. Elle fait partie du Réseau national des Centres de Soin pour la Faune Sauvage. Alors que le nombre d’accueil d’animaux en détresse continue d’augmenter chaque année, l’équilibre de ces centres survivant grâce aux dons reste extrêmement précaire.