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Feræ

Depuis le début de l’année 2020, je me rends régulièrement dans un centre de soin pour la faune sauvage. C’est un endroit à proximité du tourbillon de la ville. Il se déploie aussi dans un environnement moins urbain au moment de préparer au retour à la vie sauvage. Dans ce lieu, la volonté est de secourir toutes les espèces d’oiseaux et de mammifères sans distinction.

Ici, les gestes se répètent et deviennent rituels, au fil des heures qui bien souvent s’oublient. Vétérinaire, soigneurs, bénévoles, étudiants s’y succèdent. Leurs visages veillent. Leurs mains nourrissent, rééduquent, pansent et nettoient.

Au contact des corps blessés s’ouvre l’espace d’un face-à-face avec l’altérité animale où les distances se recomposent. Dans la proximité de cette rencontre avec l’animal sauvage, les mouvements cherchent assurance et justesse selon les espèces. On y apprend à être attentif aux minces signes d’effroi de l’animal, à surveiller les abris, les linges tamisant la lumière, le silence.

Ce temps de soin qui voit se bousculer les frontières relationnelles avec l’animal non domestique se doit d’être le plus bref possible, afin de lui éviter un stress mortel, ou au contraire de trop l’imprégner de la présence humaine.

A l’heure où les espèces sauvages et leurs habitats continuent à se réduire sans cesse, des sensibilités tentent ainsi de se faire entendre et d’agir pour la faune sauvage. Comme une tentative de réparer nos liens avec le vivant.

Avec plus de sept mille accueils d’animaux par an, l’association Faune Alfort associée au Centre Hospitalier Vétérinaire pour la Faune Sauvage CHUV-FS est devenue le premier centre de soin en France pour les espèces sauvages. Elle fait partie du Réseau national des Centres de Soin pour la Faune Sauvage. Alors que le nombre d’accueil d’animaux en détresse continue d’augmenter chaque année, l’équilibre de ces centres survivant grâce aux dons reste extrêmement précaire.

Prises de vues réalisées au CHUV-FS de Maisons-Alfort, au CSERFS de Mandres-les-Roses et chez les Rémiges Noires à Chennevières-sur-Marne.

(EN)

Since the beginning of 2020, I regularly visit a care center for wildlife. It is a place close to the hustle and bustle of the city. It is also deployed in a less urban environment to help prepare for an animal’s return to the wild. In this place, the will is to help all species of birds and mammals without distinction.
Here, over hours which are often forgotten, gestures are repeated and become recurring rituals. Veterinarians, trainers, volunteers, and students follow one another. Their faces watch. Their hands nourish, educate, heal, and cleanse.
In contact with injured bodies, the space opens up for a face-to-face encounter with an animal ‘otherness’, where distances are recomposed and sometimes entirely removed. In the close proximity of this encounter with the wild animal, movements seek assurance and accuracy depending on the species. We learn to be attentive to the slight signs of an animal’s fear, watching the shelters, the linen sifting the light, the silence.
This time of care, which sees the relational boundaries with the non-domestic animal jostle and change, must be as brief as possible in order to avoid fatal stress, or, on the contrary, to impregnate the animal with too much of the human presence, a term called imprinting.
At a time when wild species and their habitats continue to constantly shrink, sensitives are trying to make themselves heard and act for wildlife. An attempt to repair our links with the living.
With more than six thousand animal receptions per year, the «Faune Alfort» association, which is associated with the Alfort University Veterinary Hospital for Wildlife CHUV-FS, has become the leading care centre in France for a num- ber of wild species. It is part of the National Network of Wildlife Care Centres. While the received number of animals in distress continues to increase each year, the balance of these centres surviving thanks to donations remains extremely precarious.